A Jeonju, cinéastes coréens au creux de la vague

Le festival de Jeonju reste ce paradis de bouffe et bonne humeur aux premiers jours d’un printemps radieux dans cette ville du Sud-ouest, bourgade adorable, au milieu de gens tout aussi adorables, vrais potes ou personnes partageant des vues semblables puisque voyant le même type de films que d’habitude on ne voit pas. A part la fête, le côté festival de cinéma présente souvent un bon état des lieux du cinéma coréen indépendant.

Seulement autant avouer que ce cinéma coréen n’est pas apparu en très grande forme cette année à Jeonju, surtout du côté de la fiction. Le film qui a fait le plus parler de lui, également le seul coréen de la compétition internationale, est en effet un pur documentaire, An Escalator in World Order, dont nous parlions ici.

Le jeune cinéma indépendant coréen n’est pas apparu en grande forme à Jeonju 2011, surtout du côté de la fiction

Pour évaluer l’état du jeune cinéma coréen, enlevons d’abord justement les cinéastes confirmés, dont certains films étaient montrés. Im Kwon-taek 임권택 présentait logiquement son dernier film, Hanji (달빛 길어올리기), puisque tourné à Jeonju. Mais le film n’a guère convaincu les étrangers. Nous en parlions ici lors de sa sortie en Corée.

옥희의영화 Oki's movie, Hong Sang-soo

Le festival profitait du Hong Sang-soo 홍상수 collection hiver 2010, 옥희의영화 Oki’s Movie, pour inviter le film et le réalisateur.  Logique, c’est un des papas de la famille cinéphile coréenne. Et que devient le cinéaste?  Oki’s Movie apparait comme une vague variation autour de tous ses précédents films, surtout les trois derniers. Démarche intéressante en soi que de viser le statut de l’auteur « le plus auteur du monde », qui ne parle que de soi et de ses dix potes, avec les mêmes effets de structures et le même filmage.

Mais à un moment, il faut quand même être franc sur Hong Sang-soo, que l’on a beaucoup aimé : va t-il finir par ne changer que le nom de ses personnages, les rues de Séoul où filmer (par définition assez similaires) et la couleur de ses génériques (ici, jaune) ? Et appauvrir encore son filmage, désormais à peine mieux que celui d’un drama ? Depuis qu’il a découvert le zoom il y a dix ans, qu’a t-il de plus à proposer? Il faudrait m’expliquer en quoi ce film est différend d’un précédent Hong Sang-soo, et en quoi il intéresse d’autres personnes que ceux qu’il filme, les gens du cinéma. En quoi ses effets de structure, autrefois vertigineux, seraient plus intéressants maintenant qu’ils sont racontés par la parole, la voix-off, et non plus par l’image. Mais pourquoi changerait-il, sa recette semble imparable : son nouveau film, en apparence identique aux précédents, est déjà à Cannes.

Jeonju présentait également un nouveau moyen métrage très remarqué de Yang Ik-june, le réalisateur de Breathless 똥파리

미성년 Immaturity, Yang Ik-june

Plus appétissants que ces plats réchauffés, Jeonju présentait également Immaturity 미성년, un nouveau moyen métrage de Yang Ik-june 양익준, le réalisateur de Breathless 똥파리. On en a entendu que du bien, mais nous n’avons malheureusement pas pu le voir. Heureusement, il sort dans quelques jours en Corée. Jeonju reprenait enfin le film d’un auteur déjà bien connu du cinéma coréen, Kim Sun 김선, déjà présenté à Pusan, mais passé inaperçu. Nous en parlons plus longuement ici, parce qu’il mérite qu’on s’y attarde.

Mais à part ces noms déjà plus ou moins connus chez les cinéphiles, la moisson de Jeonju était maigre. Côté documentaire, An escalator in world order surpasse de loin les autres films vus, des essais parfois maladroits, pensums qui oublient totalement de penser à leurs spectateurs, tels Color of pain. Et parfois avec la prétention en prime (The time of lovelessness, qui se la joue grande théorie du complot et réalisateur maudit via une comparaison vraiment outrée avec Jafar Panahi). Dans tous les cas c’est bien raté.

Anyang, Paradise City 다시태어나고싶어요안양에, Park Chan-kyeong

Plus énervant est le cas Park Chan-kyeong 박찬경. Son Anyang, Paradise City 안양에 a certes parfois de belles images, mais dans un gloubi-boulga de documentaire et fiction sans réelle forme, ça parle de tout et de rien, dans le désordre. Absence de projet que l’on retrouvait dans le précédent film de Park Chan-kyeong, le fameux Night Fishing, soit disant « film fait avec un Iphone 4 », en fait surtout un spot SK Telecom qui a bénéficié d’un gros matériel image digne de long métrage, d’un budget conséquent et d’une grande influence du grand frère de Park Chan-kyeong, Park Chan-wook. Seulement Park Chan-kyeong doit encore vraiment prouver qu’il est un cinéaste intéressant, sans même parler de le comparer à son frère.

Coté fiction, c’est descendu plus bas avec Believe it or not, Sad Vacation et Secret Objects, qui sont plutôt au rayon nanar, avec pour horizon de scénario et mise en scène le drama télévisé. Secrets, Objects tente des trucs, mais le niveau des idées est affligeant. Par exemple, c’est un film-concept, attention : c’est raconté par une photocopieuse et un appareil photo (en voix-off). Et sa scène de sexe était la plus hot du festival. OK, mais justement le film se rêve surtout comme un téléfilm érotique circa années 80. C’est dire si l’avenir du cinéma coréen se situe par là.

뽕똘 Ppong Ddeol, O Muel

Enfin deux films semblaient des copies de Hong Sang-soo, c’est à dire racontant en gros l’histoire d’un réalisateur qui cherche à faire un film. Désormais une pléthore de petits films coréens tournent autour de ce pitch tellement audacieux. L’année dernière à Jeonju, nous avions pris la décision, avec un ami des Cahiers du Cinéma, de boycotter par principe les films qui ont ce type de résumé : « Director Moh Jae-won who has only made blockbuster movies until now wants to go to Cannes with his next work. However, he has a trouble collaborating with Soo-yeon, an anual spring literary contest awardee… Au secours. C’était le pitch de ça cette année. Ppong Ddeol 뽕똘 partait aussi très mal : Seong-pil, an actor, is traveling through Jeju Island when he sees an ad looking for actors… au revoir, seulement on nous assurait que ça valait le détour. C’est effectivement drôle et le réalisateur se préoccupe au moins de faire des plans, des moments de vrai cinéma quoi. Une personnalité ce O Muel, 오멸, assurément, et le premier réalisateur de Jeju-do qui filme tout à Jeju-do. Par contre pour être vu à l’étranger, ce serait pas mal que le film change de titre…

Reste que en dehors de quelques plans et moments, le festival donnait le sentiment que seuls les noms déjà connus sont capables de raconter des histoires sur la Corée actuelle. Les autres n’arrivent pas à sortir de vieux schémas.

Le festival donnait par ailleurs bien évidemment de bonnes nouvelles du cinéma du monde et remplissait ainsi parfaitement son rôle de belle fête pour cinéphiles.

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