Un chat qui griffe bien et une aveugle qui voit juste

On se demandait « c’est quoi un film » à propos d’Arirang. Aujourd’hui, c’est pas pour faire du Emmanuel Burdeau, mais on va encore plus se creuser la tête : c’est quoi un film « honnête » ? C’est à dire un film qui fonctionne selon ses règles, pas faux-cul, pas ramenard, un peu modeste mais sûr de lui quand même. Par exemple, si on va voir un film à suspense, on veut entendre la fille d’à côté hurler. On a même calculé qu’elle puisse s’accrocher à notre bras. On veut pas qu’elle se mette à pouffer tellement l’acteur a l’air con ou qu’elle sorte en disant qu’elle s’est fait chier et qu’elle va rentrer chez maman regarder la télé. Si en prime on a trouvé un peu de cinéma sur l’écran, encore mieux.

Dans l’été coréen 2011, deux petits films, 고양이 (qu’on va appeler « Le chat ») et Blind (« aveugle », même titre en coréen), font plaisir, parce que ce sont des films qui tiennent leurs promesses, et, ça et là, des films avec du cinéma. Le Chat, d’abord, part d’un pitch qu’on pensait déjà fait mille fois, et en fait non : un chat qui tue. C’est con, mais on aurait aimé en voir plein, des films avec des chats hargneux qui lacèrent leurs mignonnes maitresses. 고양이 ne déçoit pas cette attente-là, on a bien un chat super sournois, vraiment énervé (parce qu’il est l’apparence animale d’un enfant qui se venge), sous ses apparences de petit bout de chou. Effet garanti, pas la peine d’en rajouter. Le film a juste confiance dans son chat.

Et autour du chat, les auteurs ont construit un film à la hauteur. Le scénario est classique, bien foutu, certes un poil pompé sur Dark Water et sa fameuse citerne d’eau, mais on lui pardonne. Une séquence bouleversante, autour, et au coeur de la citerne, n’aurait vraiment pas déparé dans le sublime mélodrame aquatique d’Hideo Nakata. Enfin, à l’égal du chat, l’héroïne est très réussie, émouvante, bien jouée, mignonne sans trop de chirurgie esthétique (ça se fait rare sur les écrans coréens). Elle est secondée par un petit jeune pas trop benêt, et leur histoire d’amour fonctionne. C’est tout bête, mais une fois le film fini, on est presque surpris d’avoir enfin vu un film d’horreur coréen qui ne nous désole pas.

Le petit plus de cinéma vient de l’image (cf le visage ci-dessus). La photographie est très belle, plus sombre et mélancolique que la moyenne, et les plans intelligemment cadrés. Certains valant bien du M. Night Shyamalan. C’est alors qu’on s’intéresse au bon petit réalisateur qui a rempli son contrat avec un petit bonus, Byeon Seung-wook (변승욱). Il a signé un premier film, Solace, qui ne nous dit absolument rien. Par contre, il fut assistant de Lee Chang-dong, qui a apparemment mis sa patte pour Le chat (pouf pouf). Un bon film peut être un miracle, mais jamais un hasard.

C’est un peu le même cas avec Ahn Sang-hoon (안상훈) et son premier film Arang 아랑, inconnu au bataillon. On le voit à des génériques de Kim Ki-duk ou autres films indés sympathiques. Avec Blind, il profite d’un bon scénario, efficace jusqu’au bout, racontant comment une femme flic, devenue aveugle, va tout de même aider résoudre une histoire de serial killer, puisqu’il fait l’erreur de s’en prendre à elle.

Certes, le réalisateur ne semble pas trop passionné par son serial killer, qu’il pompe sur le reclus de The Chaser (on jurerait même qu’il ont tourné dans la même maison, en tous cas le même quartier), le vrai grain de folie en moins. Encore ce reste de copie sur le voisin, de peur panique de se démarquer, qui désole dans le cinéma coréen. Pour encore mieux lisser le film, les producteurs l’ont aussi tartiné de musique formatée, au lieu de tenter des alliages intéressants comme dans Ajosshi.

Reste que le contrat est rempli. Le portrait de cette femme aveugle est réussi et donne quelques vrais moments de cinéma. Car le film joue évidemment beaucoup sur les sons et le noir. Le final, solide, tendu, nous rappelle un peu la célébrissime angoisse que nous avait fait ressentir Clarisse/Jodie Foster dans le Silence des Agneaux, quand elle était dans le noir avec le serial killer à quelques centimètres. Les modèles sont encore pesants, mais ces films reposent sur des bases saines (une cohérence entre un bon script, des bons acteurs, et quelques idées de mise en scène) que l’on voit trop peu rarement en Corée.

Les deux films rappellent par ailleurs que le chien et le chat sont bien le meilleur ami de l’homme, car ici, ils sont vraiment le meilleur ami de l’acteur. Il apportent une réponse, un contrepoint  non verbal qui pousse l’acteur à vraiment réagir au lieu de juste sortir une réplique. Dans Blind, c’est le chien qui nous fait pleurer au milieu. C’est une autre part de surprise, de cinéma, tout en restant une façon de tirer les larmes très honnête.

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