Bonnes et mauvaises surprises de Busan 2011

Le festival de Busan en Corée, c’est l’assurance de surprises permanentes. Car au delà des films, le festivalier a également la joie de découvrir chaque année, des lieux, des cinémas, et des hôtels différents. En 2011, le festival a même changé de nom, puisque la transcription officielle du nom de la ville en alphabet latin, est passée de « Pusan » à « Busan », la véritable prononciation se situant entre les deux. Donc le PPP (Pusan Promotion Plan), marché de coproduction analogue au Cinémart qui fait la force du festival, sonnait moins bien cette année avec BPP.

Un nouveau Cinema Center qui prend déjà l’eau…

Autre nouveauté du cru 2011 : un nouveau Cinema Center à l’image du bunker du festival de Cannes, rien de moins. Mais le concept en est inversé : le bunker de Cannes est atroce de l’extérieur, mais une vraie ville à l’intérieur. Le Cinéma Center de Busan est très impressionnant de l’extérieur, avec un immense toit reliant les ailes du bâtiment en une vague lumineuse qui fait peur tellement cela semble léger, en apesanteur. Mais, à l’intérieur, on trouve plutôt une grande coquille vide au style impersonnel. Il y a bien des salles de cinéma, le centre de presse, de la place, c’est bien la moindre des choses, seulement personne n’a compris pourquoi le Marché du Film et le BPP n’était pas aussi inclus dans ces locaux. Résultat, les professionnels faisaient des navettes entre ce lieu et le marché, qui était à bien 15 minutes à pied, dans un hall façon Foire de Villepinte, de l’autre côté d’un charmant parking d’hypermarché, beaucoup moins glamour. Et puis le dernier jour du festival, la honte s’est abattue sur le festival en même temps que la première pluie : le super toit n’est pas étanche, les belles vitres pas isolées, il gouttait sur les invités et dans les couloirs. Le président du festival a déjà dit qu’il ne souhaitait pas que le festival auit lieu au même endroit l’année prochaine. Alors peut être qu’on aura encore la surprise de nouveaux locaux l’année prochaine…
Pour compléter la qualité de l’accueil, imaginez les principales salles de cinéma dans l’auto-proclamé « plus grand centre commercial du monde » (dixit le Guiness). Donc pour voir un petit film indé coréen, il faut atteindre le dernier étage d’un BHV puissance 10, comme posé au milieu d’une ZAC Leclerc. A noter que les salles sont réparties entre les trois immeubles principaux qui composent le complexe, toujours dans les derniers étages, et qu’ils ne sont pas reliés entre eux… Et on s’étonne qu’on s’écroule de fatigue devant les films. Par contre, il y a tellement de place que Busan n’a pas le problème de la plupart des festivals européens : le nombre de salles. Malgré une importante affluence, il reste toujours des places pour pouvoir s’improviser une dernière toile avant de passer la nuit sur les plages.

Car Busan reste avant tout une immense station balnéaire, donc tout le monde loge et fait la fête sur l’ancien site du festival, Haeundae, ce qui occasionne encore d’autres déplacements, environ 10 minutes en métro. Le festival de Busan, c’est donc du sport, des surprises à tous les étages (dudit centre commercial, j’ai ainsi atterri au sous-sol des livraisons un jour…), mais heureusement, aussi beaucoup de bonheur, comme un Cannes zen . Grâce au climat doux, la brise marine, la majesté de la baie, l’épicé de la bouffe, le degré de l’alcool, la beauté des coréens et le déjanté de la fête qui fait que chaque soir dérive délicieusement jusqu’au petit matin avant les premières projos les yeux mi-clos. Les distributeurs de café sont ensuite pris d’assaut pas tous ceux désirant quand même profiter aussi des films.

Les films, donc, quand même, sont au rendez-vous. Mais il faut bien choisir. Busan est un grand supermarché du cinéma asiatique, qui projette en gros tout ce qui s’est fait de remarquable dans l’année, plus quelques avant-premières trop tard ou trop légères pour les grands festivals qui précèdent, Venise / Toronto, sans oublier quelques exclus coréennes en général assez faiblardes, qui tentent d’assurer leur promo grâce au défilé des stars sur le tapis rouge. Inutile de faire le tri dans ce qui est en « première mondiale » ou non, on rattrape à Pusan ce qu’on a pas réussi à voir ailleurs, et parfois on découvre en primeur une véritable perle.

Johnnie To requinqué, Besson perdu en Birmanie

Life Without Principle

Au rayon prestige, Busan invitait Johnnie To, Luc Besson ou Peter Chan et leur derniers films respectifs, Life Without Principle, The Lady et Wu Xia. Le premier est un bon Johnnie To, surtout grâce à son scénario très solide. Le film est très ancré dans l’actualité, car il dépeint plusieurs personnages pris dans la crise bancaire, et fait notamment un portrait très touchant d’un banquière et sa cliente, séquences qui forment le début, et le meilleur du film.

La Lady du Besson ? Elle m’a assommé pendant une demi-heure, avant qu’on se demande se qu’on faisait là, à supporter ce produit si impersonnel, lissé sur tous ses angles, dont la narration est tellement faible visuellement qu’elle ne tient que par la musique, toujours tonitruante. Le projet se base sur une biographie de la célèbre opposante birmane Aung Sang Suu Ki, adaptée par un scénariste solide. Michelle Yeoh s’est emparé du projet, interprète le rôle et a fait produire le film par son mari. Ils ont filé ça à un réalisateur qui s’est transformé pour le coup en yes-man, un certain Luc Besson donc. On ne dira pas que Besson manque de sincérité dans ces choix. Seulement on ne comprend pas comment il a pu sembler aussi peu inspiré par un tel sujet. Si on reconnaît ça et là sa marque du bonhomme, ce n’est pas avec des plans flamboyants, tellement éteints, mais avec des coups de patte biens lourds : les plans de méchants vociférant tirant dans tous les sens. Malaise. Il nous a fallu sortir, d’autant qu’on avait eu l’occasion de lire le scénario, brillant, mais qui ne doit rien à Besson. Voyant le traitement au marteau que le mogul français avait réservé aux premières scènes juste un peu mélodramatiques, on ne voulait même pas voir jusqu’où pouvaient descendre les scènes les plus tristes de la fin.

Wu Xia

Wu Xia aura alors joué le rôle de valeur sûre selon Fabien, puisque toutes nos attentes résidaient dans le titre lui-même, même s’il s’agit plus de kung-fu. Le film laisse une assez forte impression tant par ses visuels (tons sombres, ralentis maitrisés, action finement hachée) que sa bande sonore, qui imposent une ambiance lourde, trop lourde pour un scénario finalement faible. On a aimé l’approche pseudo-scientifique de l’enquête sur la mort d’un criminel, et surtout les quelques scènes d’action qui associent avec succès la lisibilité de l’âge d’or du kung-fu avec les nouveaux standards d’action hollywoodienne. Mais on ne pense pas qu’il s’agisse ici d’un renouveau du genre, et que cela restera un dernier sursaut, de la même façon que pour le western.

Le Japon, toujours aussi extrème

Avant d’évoquer les films coréens, notons les divers autres films que l’on a vus. D’abord, nous voulions rattraper les deux Sono Sion de l’année, Himizu et Guilty of Romance. Le bilan est simple : Himizu, en compétition à Venise, fut énormément survendu quand on voit ce charabia de plans, ce fouillis de narration même pas elliptique, au contraire, la seule chose de claire est le message bien martelé qu’une catastrophe est arrivée. On sait que Sono Sion ne fait pas dans le calme, mais Himizu est juste épuisant.

Yoyochu in the Rising Land of Sex

Guilty of Romance nous a par contre particulièrement plu. Sono Sion nous propose une expérience tout aussi éprouvante que son Love Exposure, mais cette fois-ci en deux fois moins long. On retrouve quelques marques de fabrique du réalisateur : récit choral, déchéance d’un personnage presque innocent, couleurs en sursaturation, désinhibition sexuelle, mais aussi, aussi étrange soit-il, de la linguistique, qui donne au film du sens, alors que les personnages sont justement à sa recherche. De nouveau une expérience radicale qui ne plaira pas à tout le monde, comme le témoignaient les nombreux bruits de porte durant la séance, mais qui bouscule cette industrie japonaise apathique.

Côté Japon, nous avons aussi choisi un documentaire pour son titre, « Yoyochu in the land of raising sex », et avouons, son sujet : le portrait d’un pionnier du porno japonais, le JAV démarré avec la vidéo des années 80. Yoyogi, fondateur des studios du même nom, fut comme un expérimentateur des pulsions humaines, surtout avec des amateurs. Le documentaire est nul cinématographiquement mais parfois troublant lorsqu’il nous interroge sur notre propre fascination sur les images de la jouissance. On se demande quelle est la part de sincérité entre elles, et dans l’homme qui les a initiées, derrière l’évident businessman profiteur.

Golden Slumbers, élégant hommage au cinéma cambodgien disparu

Golden Slumbers

Busan programmait comme toujours beaucoup d’autres documentaires sur le cinéma, et l’un d’eux avait une force particulière : Golden Slumbers (Le sommeil d’Or), de Davy Chou, qui raconte l’âge d’or du cinéma cambodgien, sous l’impulsion du Prince et cinéaste Norodom Sihanouk, dans les années 60 jusqu’en 1975, année de l’arrivée des Khmers Rouges. Ces derniers tentèrent de détruire systématiquement toute bobine de film, chaque cinéaste et acteur. Ce qui reste du carnage n’est que de la survivance, et le film, comme toute histoire liée au Cambodge, est un crève-cœur. Davy Chou, très jeune cinéaste vivant en France, est le petit fils d’un producteur de l’époque. Il réussit à faire joliment dialoguer la génération de son grand-père, notamment à travers un des cinéastes encore vivant, et celle des jeunes d’aujourd’hui. Davy Chou invente des images pour pallier à l’absence des films originaux, fait un grand travail sur le son, et propose donc à la fois un vrai nouveau film et un hommage au passé d’une rare élégance.

La section New Currents, compétition de premiers films, était l’occasion de faire un petit tour d’autres films de l’Asie. On retient surtout I Carried You Home d’un pays toujours en aussi grande forme cinématographique ces dernières années, la Thailande. I Carried You Home est une chronique modeste, mais il est porté par deux jeunes actrices bouleversantes, que le réalisateur filme avec une grande délicatesse. Un long plan sur l’une de ces filles qui pleure me reste en tête comme le plus intense du festival.

Busan est évidemment l’occasion de prendre de larges nouvelles du cinéma coréen, puisque le festival en fait un large panorama. Côté poids lourds, on pouvait voir les grand succès coréens de l’année les très bons Sunny (film d’ouverture du festival Franco-Coréen de Paris 2011), The Front Line ou le succès indé Poongsan.

Sunny, Front Line, Pongsan, les bons poids lourds de 2011

Une très bonne occasion de se rattraper sur les dernières grosses sorties, et en présence d’un public coréen de surcroit. Dans le cas de Sunny, plus gros succès de cette année en Corée, il s’agissait même d’une version remontée par le réalisateur, ce qui explique que les billets de toutes les séances sont partis en moins d’une minute. Pour Fabien, qui n’a pas vu la version originale, le film est apparu toujours aussi plaisant grâce à son ambiance vivante et décalée sur un fond de révoltes sociales, qui fait appel à la mémoire du public pour des événements pas si anciens (les émeutes des années 80) et dont on retrouve l’écho encore aujourd’hui. Mais c’est surtout un constat peu réjouissant sur tous les rêves de jeunesse abandonnés devant la banalité d’une vie formatée de parfaites épouses, qui évoque bien évidemment ceux d’une société coréenne ayant oublié ses idéaux. Un très bon divertissement assorti d’un message intelligent.

The Front Line et Poongsan (풍산개) portent le regard plutôt vers le Nord, et traitent tous deux de la fameuse frontière censée être démilitarisée et inviolable. Dans The Front Line, on suit un récit fédérateur très convainquant selon Fabien. La frontière n’arrêtant pas d’avancer et reculer sur la même montagne, quelques soldats des deux camps commencent à s’échanger des objets et des lettres en les cachant dans un trou avant que l’armée ennemie ne reprenne le lieu. Les derniers jours du conflit sont ainsi montrés avec une ironie morbide mais avec également beaucoup d’humanité, dans ce qui devient vite le meilleur film de guerre jamais produit en Corée du Sud, candidat officiel de la Corée aux Oscars.

Poongsan (풍산개) garde, pour Fabien, tout autant ce regard très critique sur ces conflits stériles avec un personnage qui se place au-dessus de l’appartenance à un côté ou de l’autre, et saute allégrement par-dessus la frontière pour aller délivrer des messages ou « libérer » un Nord-Coréen. Avec un budget beaucoup moins important que Front Line, produit et coécrit par Kim Ki-duk, ce film parvient à nous faire parvenir aux mêmes conclusions, grâce à un scénario bien construit, et surtout une vengeance symbolique à la fois terrible et géniale.

Kim Ki-duk qui se réveille, Hong Sang-soo qui se fatigue

Autre poids lourd, côté favori des festivals, Hong Sang-soo était présent avec sa cuvée 2011 (présentée à Cannes), The Day He Arrives 북촌방향, succès autant critique que public en Corée, que je ne partage absolument pas : pour la première fois, un Hong Sang-soo m’a déçu, désolé, voire énervé par son indigence. On ne s’étendra pas dessus, le film a ses adeptes, nous restons un admirateur de l’œuvre de Hong Sang-soo. Qu’on se permette juste de remarquer un essoufflement évident, tout le monde s’accordant à trouver que Hong Sang-soo mouline la même histoire, les mêmes acteurs, le même filmage depuis dix ans.

Amen

Kim Ki-duk, à l’inverse, s’est totalement renouvelé avec sa stupéfiante mise à nu Arirang. Il a enchaîné avec Amen 아멘, que nous n’avons malheureusement pas pu voir, mais de bonnes voix nous ont évoqué un film très conceptuel et abstrait, un retour de sa meilleure veine pour certains (l’Île, Locataires) de sa pire pour d’autres (Time, Souffle). A voir dès que l’occasion se présente, Kim Ki-duk et sa fraicheur incisive nous a tout de même manqué ces dernières années.

Jeon Soo-il éblouit avec Pink

Pink

Le film coréen qui nous a le plus marqué, et d’autres aussi, est Pink de Jeon Soo-il 전수일, surprise très agréable. D’abord parce que le film est particulièrement somptueux. On reconnaît dans cette image le talent de Jeon Soo-il pour les cadres, et la signature d’un des maitres actuels de la lumière naturelle, le chef opérateur qui travaille aussi avec Zhang Lu (Desert Dream, Dooman River). L’actrice principale a aussi une présence magnétique, à la fois douce et forte, jeune et sans âge, grave et lumineuse. Le film est agréable parce que, par rapport aux autres Jeon Soo-il, il est plus chaleureux, ne serait-ce que parce qu’il contient de la musique. Il est parsemé de chansons folks magnifiques, interprétées par une des grandes voix bluesy de la musique coréenne, Kansaneh. Enfin le film a une narration subtile, faite de plans d’une extrême précision, pour raconter un univers de doux fantômes, de souvenirs tenaces qui s’incrustent dans le quotidien.

Pink

Fabien a tout autant apprécié le soin apporté aux images, mais également dans le montage, avec un rythme parfaitement maitrisé. Les plans, souvent contemplatifs, absorbent le regard sans pour autant durer trop longtemps. Un long plan sur des ajumma (femmes d’un certain âge) suivant du regard deux persos en hors-champs est resté en mémoire chez Fabien. L’ambiance qui se dégage de ces images et de l’ensemble de la piste sonore est tellement forte qui évoque de nombreux souvenirs de restaurants isolés. Cinéaste obstiné d’un film par an, Jeon Soo-il réalise là son meilleur film depuis La petite fille de la terre noire, qui l’avait fait un peu connaître en France, et retrouve aussi la poésie de son premier film. Il mérite enfin une reconnaissance plus grande.

Autre confirmation, la fabrique à bons films coréens qu’est la KAFA, Korean Academy of Film Arts, école de cinéma équivalent de la Femis. Elle permet à ses étudiants de faire un long métrage de fin d’études. Ils ont alors toute liberté et se permettent des sujets difficiles. Un de ses réalisateurs, Yoon Sung-hyun, auteur de l’excellent Bleak Night découvert à Pusan 2010, était le récent invité du festival du film Franco-Coréen de Paris 2011. Cette année, on pouvait ainsi découvrir Choked 가시, film rude, peu amène, certes, mais un des très rares qui parlent vraiment du quotidien des Coréens, en l’occurrence ici l’enfer de la dette qui oppresse un foyer. Mais contrairement à bon nombre de drames misérabilistes, ici les personnages empoignent les problèmes avec courage et tout en gardant le sourire. Les dialogues sont accrocheurs et parfois drôles, les personnages intéressants et bien développés. Même ceux qui réclament le règlement de leurs dettes sont montrés dans leur lutte de tous les jours, et les flics font juste leur boulot, pour une fois. Un bon départ qui n’est pas sans défaut pour ce jeune réalisateur qu’on surveillera.

Trailer avec une belle musique) : http://movie.naver.com/movie/bi/mi/mediaView.nhn?code=86131&mid=16255

Charmés par des Barbies

Barbie

Autre bonne surprise du festival, un(e) total(e) inconnu(e), prénommé(e) Barbie. Peut être le meilleur pitch du festival : un Américain vient en Corée avec une fillette ravissante, poupée blonde qui secoue tout un village, pour venir chercher une autre poupée, coréenne, chez un type qui n’hésite pas à vendre ses nièces pour s’acheter une décapotable. Après une excellente introduction, le film se met à railler habilement les fascinations malsaines des Coréens, pour ses jeunes filles, pour les Etats-Unis, et pour le commerce, notamment celui, encore bien ancré, des nouveaux-nés de « mauvaise » famille devenus adoptés. Le film est une occasion de retrouver la petite prodige Kim Sae-ron 김새론, qui du haut de ses 11 ans porte déjà deux films majeurs sur ses épaules, l’intimiste Une Vie Nouvelle et le blockbuster 아저씨 (The Man From Nowhere). En Corée, c’est déjà une méga star et c’est vrai que son naturel, allié à ses moues boudeuses, fait mouche. On la découvre ici avec sa sœur, et leur énergie emporte le morceau. Interprétation également très réussie pour les deux Américains, chose rare dans les films asiatiques, le père s’avérant une ordure mémorable. Le réalisateur prend également plaisir à briser les règles classiques du dialogue pour mieux comparer les deux sœurs, que tout oppose, et rapprocher l’Américaine de la grande sœur. Une histoire d’amitié entre enfants qui, pour une fois, sonne juste. La fin, aussi terrible qu’inattendue, reste bien en tête après le visionnage.

Des expérimentations narratives plus ou moins abouties

Fabien a tenté l’expérience du film d’étudiant entièrement tourné avec la technologie 3D, ce qui est déjà incroyable en soi. Deux films de ce type étaient proposés, mais on a préféré se consacrer à Persimmon. Il va à l’encontre de toute la surenchère spectaculaire d’un Avatar, puisqu’il se déroule exclusivement dans des toilettes publiques abandonnées. Pour le dépaysement, on repassera. Le concept réside dans un groupe de personnages se retrouvant bloqués par une porte ne s’ouvrant que de l’extérieur. Ils réalisent pourtant bien vite qu’ils sont tous liés par un événement tragique survenu plusieurs années plus tôt. La 3D utilisée n’est pas particulièrement impressionnante, mais permet de renforcer la sensation de claustrophobie. On comprend par la suite que cette technologie a été choisie pour provoquer lors du véritable climax un effet de vertige qui est pourtant totalement raté. Si le dénouement n’est clairement pas à la mesure de la tension construite auparavant, on n’a en tout cas pas perdu notre temps avec ce film.
Romance Joe, premier film du réalisateur, démarre comme un Hong Sang-soo, mais poursuit d’autres voies romanesques inattendues. L’objectif du film, tel qu’annoncé dans la brochure du festival, serait d’aller à l’encontre de la narration. Pari réussi pour Yann, raté pour Fabien. On s’accrod pour trouver que les dialogues et situations donnent assurément un ton original à retenir.

From Seoul To Varenasi

From Seoul to Varanasi est également un film méritant, réalisé par un auteur courageux, qui n’hésite pas à vendre sa voiture pour produire ses films, Jeon Kyung Hwan, 전규환, auteur du très réussi Animal Town, deuxième épisode d’une trilogie qui faisait le tour des personnages non-conformistes qu’on peut croiser à Séoul. Après avoir fait de nombreux festivals internationaux grâce à ces premiers films, on était impatient de connaître sa nouvelle direction. On a été dans l’ensemble déçu par ce film qui se perd dans une narration compliquée pour une histoire qui n’en méritait pas tant. La construction du récit se fait avec une sorte de flash-forward qui passe mal et qui n’apporte rien. On a également eu beaucoup de peine à accepter le personnage libanais, cliché géopolitique très maladroit, qui passe soudainement de gentil amant à terroriste glacial, sans qu’on puisse voir un changement de personnalité ou une justification à son acte. L’image reste étonnamment soignée pour une aussi petite production, et Jeon Kyung-hwan ose vraiment, ainsi des scènes de sexe très crues, et détonne en Asie.

On a pioché ou entendu parler de d’autres films coréens, tous oubliables, notamment les deux gros mélos avec stars locales, A Reason to Live et Always, film d’ouverture du festival qui est pourtant de Son Il-gon, cinéaste autrefois d’art et essai (Magicians, Git), qui exécute là une grosse commande avec une main lourde.

Un autre Kim Ki-duk dans les années 60

The Barefoot Young 맨발의 청춘

Busan est enfin toujours l’occasion d’une rétrospective inédite d’un cinéaste coréen. Cette année, on découvrait qu’il existe un autre Kim Ki-duk 김기덕 en Corée, cinéaste de films commerciaux pendant les années 60, qui toucha notamment au film de gangsters. Nous avons vu The Barefoot Young 맨발의 청춘, teenage movie mélo original dans la distance prise avec le héros, un jeune gangster incurable, tantôt drôle, tantôt bouleversant. L’attitude du réalisateur contrecarre son cahier des charges imposé par un scénario très moraliste, un art de la tromperie dans lequel excellait Kim Ki-young (La servante).

Entre ces films, on ne fait que des belles rencontres avec des gens qui ne sont jamais par hasard dans ce petit pays méconnu. On se finit plus ou moins imbibé dans une sorte de Petit Majestic local, où une mamma au sourire d’ange vous rabote l’addition dès que vous lui dites en coréen qu’elle est belle. Enfin quelques heures (ou minutes) plus tard, le soleil vous dit bonjour et les filles sont parmi les plus belles du monde, ce qui aide toujours à se remettre d’un mauvais film ou à savourer la vitalité d’un autre.

Co écrit avec Fabien Schneider.

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  1. […] Dans la liste des festivals internationaux qui passent quasi-complètement inaperçus en France, il y a l’ambitieux festival de Busan en Corée du Sud, dans une ville qui veut devenir l’un des coeurs de la production cinéma en Asie. Pour l’instant, ce qui ressort surtout, c’est un festival qui semble toujours se chercher. Niveau programmation, entre quelques gros films sans trop de surprise – genre The Lady de Besson (OSEF royalement), et d’autres inédits faisant la tournée des festoches – Himizu, Life Without Principle… – il y avait des petits films asiatiques potentiellement bien sympathiques, du moins d’après ce compte-rendu. […]



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