Lee Sang-woo, entre chien et fou

Par Samuel Lorca

이상우 Lee Sang-woo s’est fait connaître en Corée par deux films très indépendants, montrés à Pusan, aux titres vraiment accrocheurs : Mother Is A Whore 엄마는 창녀다 , et Father is a dog 아버지는 개다. Ses récits souvent bruts, sans frioriture aucune, et avec un ton légèrement « off-beat » donnent constamment un effet burlesque aux histoires sinistres dans lesquelles le cinéaste aime à nous plonger : Viol, inceste, prostitution, meurtre, bagarre, désordre mental, emprisonnement, fanatisme religieux… Lee Sang-Woo n’y va pas généralement avec le dos de la cuillère et son cinéma frôle parfois la provoc un peu facile.

Dans le sillage de Kim Ki-duk, dont il a été assistant

Mother is a whore

Lee Sang-woo se place dans le sillage, la continuité de Kim Ki-duk, dont il a été assistant, mais ses films ont leur particularité, leur cohérence. Ses protagonistes ne conservent que peu de lien avec l’humanité, ils semblent bien plus intimement liés au règne animal. Et le réalisateur, de son côté, paraît trouver beaucoup moins d’intérêt à les intégrer dans cet autre sous-groupe auquel ils appartiennent aussi, celui des hommes. Ainsi, poissons, combats de coqs et chiens errants peuplaient « Tropical Manilla », « Mother is a whore » se focalisait sur l’appétit carnassier du personnage principal, « Father is a dog » réhabilitait l’origine bestiale des hiérarchies familiales.

Si l’animalisme se base sur une ressemblance à 98% de l’ADN des hommes avec celui les chimpanzés, pour rééquilibrer les droits des animaux, nous n’avons pas encore trouvé de dénomination pour ceux qui chercheraient à inverser le problème. Lee Sang-Woo, au nom de ces mêmes données scientifiques, semble revendiquer pour l’homme le droit de se comporter comme un animal. Ou pour le moins, il questionne cette ressemblance qu’on voudrait nous faire oublier. Et dans la Corée où l’anthropocentrisme chrétien prend énormément de place, on ne saurait lui reprocher d’activer ce type de raisonnement par l’image.

Fire In Hell, des ébats sexuels filmés comme un documentaire animalier

Dans Fire In Hell, présenté à Jeonju 2012, il n’y a plus d’animaux à l’écran mais c’est de manière plus souterraine et subtile que le film reste installé dans la forêt : Homme-araignée, personnages-reptiles, démarche féline, comportement d’insectes prisonniers, réactions instinctives, le corps même des acteurs principaux (auraient-ils suivi des cours de l’Animal’s studio?) est imprégné par une gestuelle nouvelle, qui donne au récit son énergie toute particulière. Les scènes érotiques du film laisseront des traces dans notre inconscient de spectateur, parce qu’elles sont traversés par des fragments d’ébats sauvages, primitifs. Le regard sur l’acte sexuel ressemble par moments à celui qu’on trouve dans un documentaire animalier : le spectateur est comme invité à observer scientifiquement le rapprochement de deux personnages en vue de leur accouplement.

Barbie

L’image du film est moins brute que précédemment, le réalisateur a de toute évidence travaillé à la beauté de certaines séquences, épaississant son cinéma en le dotant d’arguments esthétiques. [Ces efforts pour donner plus d’impact aux plans se voyaient déjà dans Barbie, son précédent film, qui magnifiait les personnages féminins, censées être de mini idoles dans un conte de fées cruel. Barbie montrait aussi déjà que Lee Sangwoo veut élargir son public, par son sujet, assurément un des meilleurs scénario de 2011 : un américain venait dans un trou paumé de Corée pour acheter une gamine qui s’entraine à être une popstar.] Note : complété par Yann qui a vu Barbie et Fire in Hell

A chaque nouveau tournage, Lee Sangwoo agrandit sa palette en poussant l’effort sur un aspect nouveau, mais malheureusement, Fire In Hell, échoue à convaincre pleinement, contrairement à ses autres films. Peut-être est-ce parce que sa marque de fabrique, cet humour décalé si présent dans ses premiers films qui contrebalançait la dureté des images à l’écran, semble avoir un peu disparu. Et même s’il réapparait au détour de certains plans, le burlesque semble avoir cette fois renoncé à véritablement accompagner le récit.

L’échec du film n’est que relatif, car il participe à coup sûr au lent processus de mutation d’un réalisateur assurément indépendant (il s’autoproduit) et talentueux, prometteur mais qui n’a pas encore vraiment dépassé les frontières des festivals coréens. Il pourrait pourtant vite devenir incontournable, voire indispensable dans le paysage du cinéma coréen.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

  • So few words (Archive)

  • As time goes by

    juillet 2012
    L M M J V S D
    « Mai   Août »
     1
    2345678
    9101112131415
    16171819202122
    23242526272829
    3031  
  • 반찬

%d blogueurs aiment cette page :