3rd Line Butterfly flies high

Il est temps de parler de 3rd Line Butterfly 3호선 버터플라이, notre groupe de rock coréen préféré. Je tiens ce blog de façon de plus en plus épisodique parce que je dois faire des choses plus directement rémunératrices, mais la passion fait loi, et si ma plume sert à quelque chose, quelqu’un, que cela serve à des groupes comme 3rd Line Butterfly.

C’est un groupe qui, malgré tout son talent, a besoin de publicité, parce que les médias coréens ne font pas leur travail. L’image de la musique coréenne à travers les grands médias coréens, exportée à l’étranger, est terrifiante. Il ne s’agit pas ici de dénigrer la K-pop, il s’agit de combattre son hégémonie, le soutien gouvernemental dont elle bénéficie en plus du soutien financier, quand tout un autre pan de la musique coréenne n’a ni l’un ni l’autre.

Ne nions pas la qualité, encore moins le sex appeal, des chanteuses de K-pop, mais il existe derrière elle des palanquées de vraies chanteuses qui n’ont fait ni training robotique, ni chirurgie esthétique, et peuvent avoir encore plus de charisme.

Alliance d’une des plus belles voix de Corée et d’un brillant musicien poète

Nam Sang-ah 남상아, chanteuse de 3rd line, est de celles-là. Une des plus belles voix de Corée, une des rares à avoir ces tons graves qui donnent plus de profondeur et une touche sexy, et une chanteuse qui s’améliore d’années en années. Doucereuse, mutine, bouleversante sur les moments calmes, elle est aussi rageuse, lionne qui emporte le groupe dans une furie impressionnante en concert, d’autant qu’elle est aussi co-guitariste. Elle fait penser à Alison Mosshart des Kills mais se transforme parfois en lolita japonaise.

Son compère Sung Kiwan 성기완 est quand à lui bien plus qu’un des musiciens les plus brillants du pays. Il est aussi poète (un style très beat generation, appliquant la syncope du rock à la phrase coréenne, rendant sa lecture particulièrement ardue), professeur de design sonore, et bon vivant qui donne une sorte d’image idéale de l’artiste coréen. Autour d’eux, deux membres apportent leur touche : une batteuse (il est sidérant de constater le nombre de bassiste ou batteuse dans les groupes de rock coréens, pan pour ceux qui assimilent toutes les coréennes à des midinettes) 서현정 Seo Hyunjeong, apporte une subtilité qui fait défaut à nombre de groupes de rock locaux. Le bassiste, 김남윤 Kim Nam-yun, est comme on s’imagine un bassiste : grand taciturne qui groove sans quasiment bouger de tout le concert.

Le groupe vient de sortir un album, Dreamtalk, son meilleur, aussi novateur pour le rock coréen que leur premier album Self Titled Obsession, paru en 2001. A l’époque, cet album avait révélé ce qui allait devenir leur son immédiatement reconnaissable : comme un liquide protéiforme, avec ces guitares au léger écho, atmosphériques, mais jamais loin de la terre. Du rock innervé de dissonances, de ruptures de rythmes, d’alternances calme/rage. Quand l’alliage voix/guitare, mélodie/ryhtmique groove, fonctionne au mieux, cela donnait des chansons sidérantes comme 별을안았다 (I embraced a star), 꿈꾸는나비 (Dreaming Butterfly), 광합성 (Photosynthesis), 맥주 (Bier), compositions d’une ambition très rarement atteinte en Corée.

L’ambition de 3rd Line Butterfly va jusqu’à vouloir être populaire. Le groupe n’a jamais cherché à faire de la musique expérimentale pour une poignée de fans transis. Une des ses meilleures chansons est une des plus simples, 깊은 밤 안개 속 A Heavy Night Fog, nommée aux « victoires de la musique » coréenne 2010, concentré d’émotion brute, que Nam Sang-ha chante à chaque fois avec une sincérité déchirante.

Tout groupe de rock est écartelé entre des envies contradictoires, être « pur » et être « connu », les jours de ras-le-bol de ne pas pouvoir se payer une nouvelle gratte, à la recherche du tube que leur public pourrait chanter en chœur, de la rengaine que leur maman entend à la radio, parce que ça regonfle l’égo. Alors il fait quelques essais de « tubes » pas toujours bien calés. Pour 3rd line, il y eu ainsi Titicaca, sur l’album Nine Days Or A million, récréation dispensable, qui ne passe bien que en concert.

Dans Dreamtalk, le groupe a enfin des vrais « tubes » qui détonnent. 니가 더 섹시해 괜찮아 (You’re more sexy, that’s ok) est une chanson coquine, légère à tous points de vue. Pourquoi pas, cela reflète bien l’humour des membres du groupe. La chanson a donné lieu à un clip tout aussi drôle, et dont le côté très pro signe un changement d’échelle enthousiasmant pour le groupe.

Mais c’est encore plus 너와 나 (You and I) qui semble partie pour être un carton au vu des premiers concerts. On croirait entendre une lolita japonaise tellement les paroles sautillent, et le refrain excite les foules. Quitte à faire un tube, autant faire celui-là, vraiment fun à jouer, pas honteux non plus.

Dreamtalk, ambitieux et surprenant

3rd Line a tout remis à plat dans Dreamtalk. Il s’est nourri d’années difficiles, à faire quelques concerts devant une poignée de spectateurs, ça alimente l’envie d’en découdre. Il s’est ouvert à d’autres sons, via les rencontres, ou une tournée aux Etats-Unis qui leur a fait côtoyer quelques idoles de leur posters adolescents. Résultat, un album qui vise haut et atteint souvent les hautes cimes.

L’album commence, à l’instar du miracle A Heavy Night Fog, par un petit bijou de simplicité, « Smoke, Hot, Coffee, Refill », qui résume les qualités du groupe. La voix de Nam Sang-ha va chercher la perle mélodique au milieu de mélopées slammées. Il y a souvent un moment, dans une chanson de 3rd Line, où la mélodie, cachée, couvée, explose, et c’est sublime. Le groupe soutient, ici en sourdine, mais avec une production étonnante, raffinée, traversée de beats électroniques. 3rd Line cherche aussi à négocier le virage « numérique », à intégrer des sons nouveaux dans leur corpus fait à la main. Tous les grands groupes sont passés par des phases de bidouillages avant de trouver le bon équilibre. Pas facile. Un des grands groupes coréens des années 2000, Delispice, pourtant très novateur lors de leur premier album, s’est bien planté avec son dernier album ampoulé et creux. A l’inverse, 3rd line a juste enrichi des chansons déjà fortes à l’origine. Smoke, Hot, Coffee, Refill est une entrée à la fois accessible et surprenante, et tout l’album sera ainsi.

Le deuxième titre, 꿈속으로 (From a dream), a un sacré panache. C’est le titre le plus audacieux jamais fait par le groupe. Une sorte d’épopée en plusieurs volets, aventure musicale assez fantasque qu’on peut même trouver un peu idiote, mais cela montre les envies dévorantes du groupes. La meilleure chanson de l’album est peut être Hello, hyper cinématique, qui termine sur une apothéose jouissive en concert. Tout aussi bouleversant en live, dans un autre genre, 쿠쿠루쿠쿠 비둘기 est une reprise très personnelle de « Cucurucu Paloma », présent dans la bande originale « Parle Avec Elle » d’Almodovar. 3rd Line se révèle donc surtout en concert, d’autant plus maintenant qu’un cinquième memb

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